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Pour une fois dans un article, je commence par poser le cadre :

Il n’est pas question ici de parler de l’approche comportementale telle que pratiquée par les professionnels de l’accompagnement type psy** formés aux TCC (ou autre) ou par les professionnels de l’alimentation comportementalistes également. Il s’agit de replacer le principe de la prise en compte du comportement dans l’accompagnement que peux proposer le Sophrologue exclusif (donc qui n’a aucune des formations précisées juste avant).

Donc qu’est-ce que ça donne pour le Sophrologue ?

Quand une personne qui vit avec des troubles alimentaires s’engage dans un accompagnement avec la Sophrologie, son objectif «ultime » est la guérison.

La guérison totale et définitive. Pour ne plus se sentir « soumise » à la dictature, la prise d’otage, que représente le trouble alimentaire dans sa vie.

Sur ce chemin, elle va à moment te partager ce à quoi ressemble son quotidien : ses rituels, ses habitudes, ses règles, les déclencheurs de crise, les problématiques d’hyperactivité etc … contre lesquelles elle n’arrive pas/plus à lutter*.

Le tentation pour le Sophrologue, c’est de se dire par exemple : « Ok, cette personne souffre de ce qu’elle vit, elle veut se libérer des crises, donc je vais utiliser les techniques de Sophrologie que je connais pour REMPLACER un comportement A négatif pour un comportement B positif ».

Déjà la question du « positif » se pose.

Car estimer que ce qui entoure le trouble alimentaire (en plus du TCA en lui-même) soit « négatif » c’est ne pas comprendre sa FONCTION.

Ensuite, je vous invite à vous poser la question suivante :

  • Si je remplace un comportement par un autre, est-ce que la personne que j’ai face à moi est vraiment aidée?
  • Est-ce qu’en remplaçant le fait de manger du chocolat par manger des radis la libère de la tension qui se décharge sur l’alimentation ?
  • Est-ce à ça que sert à la Sophrologie?  Un petit pansement avec des soleils (pour être positif) pour cacher une artère ouverte ?

Tu peux l’imaginer : un petit pansement, même avec des soleils, sur une plaie qui pisse le sang ça ne va pas servir à grand chose longtemps.

Même si on propose à la personne qui se vide de son sang de poser toute son attention sur les soleils.

Et puis c’est quoi finalement, « guérir » d’un trouble alimentaire ?

La guérison physique elle passe par de nombreux critères chiffrables (poids, fréquence des crises etc.. en fonction du TCA) Et elle est confirmée par des professionnels de santé.

La guérison intérieure en revanche est plus longue et moins facile à évaluer par l’extérieur.

Mais si elle devait se résumer en un mot ce serait « liberté » : être pleinement libéré(e) du carcan du trouble alimentaire.

C’est à dire vivre une vie dans laquelle, quelque soit les situations compliquées, à aucun moment, une crise / une période de restriction, ne se présente comme une solution efficace.

Quand on est vraiment guéri(e), on mobilise les ressources que nous avons toujours eu mais qui étaient inaccessibles avec le trouble alimentaire.

Ces ressources, on les goute profondément avec un accompagnement sophrologique 😉

Donc remplacer un comportement A par un comportement B et s’arrêter là, c’est s’arrêter au milieu du chemin de la libération.

Car ce n’est pas être libéré(e).

Si je vais lire ou courir au lieu de vivre une crise de compulsion alimentaire, qu’est ce que je fais en vrai?

Je fuis.

Je m’attache de façon limitée à une échappatoire qui ne le sera pas longtemps.

Alors on est d’accord : les crises de compulsions alimentaire c’est infernal. Sentir une forme d’électricité dans ton corps qui te pousse à vouloir courir deux heures alors que tu es sous alimenté(e), c’est atroce.

L’idée n’est pas de rester coincé(e) avec un comportement qui amène une souffrance. Et pour ne pas être coincé(e) avec, il faut commencer par cesser de le fuir ou de le combattre.

Sans compter que si tu ne sais pas comment fonctionnent les troubles alimentaires en détails et bien tu peux favoriser, sans le vouloir bien entendu, la mise en place de systèmes de fuites qui vont empirer la prochaine décompensation / restriction, voir faire glisser un trouble alimentaire vers un autre.

Par exemple : recommander à une personne qui vit avec des crises de boulimie d’aller faire du sport au lieu de « criser » va l’amener à développer (ou redévelopper selon son chemin initial) le côté restrictif de son trouble alimentaire.

Si modifier le comportement n’est pas une fin en soi (et pas une fin d’accompagnement à moins que tu ne souhaites pas travailler plus en profondeur sur les problématiques de TCA), il peut faire partie du chemin.

C’est donc à condition de ne pas s’y arrêter.

Et que la personne que tu accompagnes soit pleinement consciente que :

  • ce n’est pas magique
  • qu’il y aura probablement d’autres crises/restriction
  • que c’est un premier pas vers l’expérimentation de quelque chose de différent

Mais déjà, réfléchir ou laisser venir spontanément à soi (ça dépend des personnes ;)) une activité plus agréable, permet de travailler doucement le fait de s’autoriser à expérimenter (ce qui n’est pas évident dans les TCA). Donc ça crée une ouverture. Parfois toute petite mais qui s’agrandira au fur et à mesure de l’accompagnement.

Finalement, s’arrêter là c’est comme si un archéologue s’arrêtait derrière la porte de la pyramide parce qu’il a trouvé un hiéroglyphe.

Alors qu’il y a tellement plus derrière à découvrir !

A ce stade de l’article, tu l’auras compris, je l’espère : il y a plus que le comportement.

En se limitant au changement extérieur (attitude) sans se pencher sur l’intérieur (dans quel état de tension se trouve la personne? Est-ce que ça empire ensuite?), on prend le risque que la personne que nous accompagnons se sente en échec si le comportement de remplacement ne tient pas dans le temps. Ou ne fonctionne pas à chaque fois.

Je le dis souvent et c’est de loin le plus important : les troubles alimentaires ne sont pas une problématique stricte d’alimentation mais de souffrance qui s’exprime à travers l’alimentation.

Donc allons-y !

Allons plus loin dans nos accompagnements, allons plus en profondeur avec les personnes que nous accompagnons, car notre méthode, et encore plus fortement alliée à un accompagnement psy***, permet de vraiment aider celles et ceux qui veulent s’en sortir.

Elle leur offre la possibilité de gouter au fait qu’il est vraiment possible de se libérer et non simplement de compenser (fuire/refouler).

Pour découvrir ce qu’une approche plus profonde peut apporter aux personnes souffrant de TCA, tu es le.la bienvenue dans la prochaine conférence en ligne que j’animerai très bientôt.

*Nous parlerons de la notion de lutte dans un prochain article