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« Il y a une partie de moi qui veut s’en sortir et une partie de moi qui ne veut pas »

Ce que je réponds lorsqu’une des personnes que j’accompagne me partage ce sentiment?

Que c’est normal.

Oui c’est normal de se montrer ambivalent face à la guérison.

Généralement ces personnes sont très surprises de ma réponse alors qu’elles se sentent si mal vis à vis de ce qu’elles expérimentent.

Pourquoi est-ce normal ?

D’ailleurs « normal » n’est pas le bon terme. Cohérent serait plus juste.

L’ambivalence est cohérente dans l’expérience du chemin de guérison.

Pourquoi?

Tout simplement parce que l’ambivalence, nous la développons tous dans certaines situations qui nous amènent à sortir d’une zone dans laquelle nous nous restreignons depuis des années.

Elle est, en fait, le résultat d’un manque de dialogue entre deux parts de soi.

  • La part qui veut X
  • La part qui veut Y

Même si X ou Y ne nous amène pas à nous sentir heureux dans notre vie.

Par exemple : si tu as déjà mis fin à une relation de couple, peut-être que tu es passé(e) par cette période ou la part de toi qui veut être libre et mettre fin à la relation se trouve confrontée à la part de toi qui a peur d’être seul(e) et qui craint de ne plus jamais rencontrer quelqu’un.

L’ambivalence est source de souffrance.

Parce qu’elle ralenti le processus d’engagement.

Elle « fige » le mouvement initial (quitter son compagnon/compagne; faire les premiers pas vers la guérison)

A juste titre : chacune des deux parties a besoin d’être entendue. Et pour cela elles monopolisent à tour de rôle nos dialogues intérieurs.

Elles prennent le micro et sont aussi à l’origine de certains comportements.

Par exemple :

La part X veut se libérer du trouble alimentaire. Elle prend le micro, elle crée une action : prendre RDV avec toi.

La part Y, c’est le trouble alimentaire. Elle voit ça et se dit que ça ne va pas se passer comme ça. Qu’elle a besoin d’être ici et qu’elle ne partira pas (même pas en rêve).

Elle prend le micro. Elle crée une action : une crise de compulsion après la séance de sophrologie par exemple.

Vu de l’extérieur c’est souvent interprété par les accompagnants comme un signe clair que le patient ne souhaite pas s’en sortir. Que la demande d’aide c’est du flan. Et qu’en fait, la personne n’est pas aidable parce qu’elle ne le veut pas.

C’est pour ça que certains patients se taisent. C’est pour ça que beaucoup d’accompagnants se heurtent à des murs qui ne leur font pas confiance et qu’une guerre relationnelle s’installe.

Une guerre dans laquelle l’accompagnant veut que la personne guérisse : il représente alors d’une certaine façon la part X.
Et le patient qui refuse qu’on le contraigne parce qu’il n’a pas confiance. Il représente quoi du coup? Oui la part Y, celle à laquelle il n’est pas forcément aidant de s’identifier.

En conclusion : l’ambivalence est un processus « normal », cohérent et fréquent.

C’est le fameux « je veux entrir » ou encore « je veux sortrer des chats » : mélangent entre entrer et sortir lol

La tête dehors, le popotin dedans.

Ou encore miauler pour sortir et une fois dehors miauler pour rentrer.

Le secret pour ne pas perdre patience?

Ouvrir un petit quelque chose, une entrée, une fenêtre, à partir de laquelle chaque partie peut se sentir suffisamment reconnue dans son besoin et pour avoir un point depuis lequel il est possible d’observer.

Observer le mécanisme du trouble alimentaire sans se « battre contre lui ».
Observer le mécanisme du trouble alimentaire pour capter sa fonction.

Avant de pouvoir, coussinet par coussinet, petit pas par petit pas, sortir et savourer sa liberté.

L’ambivalence est donc un élément à prendre en considération tout en ne le prenant pas comme un obstacle : sur le chemin de guérison, le dialogue entre les différentes parts est pertinent pour ne plus craindre la part du trouble alimentaire. Pour pouvoir dialoguer et la libérer.

En attendant, l’accompagnement continue en sa présence. Et comme de nombreux points : en lui laissant sa place, bien souvent, il s’atténue.