Crise compulsive : l’envers du décor

Crise compulsive : l’envers du décor

« C’est un truc tellement fort que ça me fait peur, je perds complètement le contrôle »

Voilà ce que j’entends 99% du temps quand les personnes que j’accompagne aborde la présence de crises de compulsions alimentaires dans leur vie.

Qu’il y ait une crise par jour ou 10
Qu’il y ait une journée de crise par semaine ou 7

Toutes et tous partagent cette impulsion.

Les crises de compulsions sont assez connues aujourd’hui du « grand public » (c’est à dire des non-initiés, non experts ;))

Il n’est plus nécessaire d’expliquer comment se déroule une crise de compulsion alimentaire, tant elles ont pu être représentées dans des articles, des films.. montrées dans des reportages.

Par contre il manque un élément important : l’envers du décors.

C’est à dire ce qu’il se passe à l’intérieur de la personne.

 

Souvent, on va lire et entendre qu’une personne qui souffre de compulsions « mange ses émotions ».

Ce n’est pas tout à fait juste.

Le lien est plus fin que celà : c’est celui des sensations.

Dire qu’une personne expérimente des crises de compulsions « mange ses sensations » n’est pas tout à fait juste non plus.

Je déteste les généralisations qui bloquent l’accueil de la réalité objective de la personne avec qui nous échangeons. 

Car elle ne vient pas nous trouver pour entendre qu’elle « mange ses émotions » ou autre chose.

Car le rapport déclencheur / survenu des crises est souvent déjà observé.

La souffrance c’est de ne pas se sentir le « pouvoir » de l’empêcher.

Si on ignore l’envers du décors, on ne comprend pas en quoi c’est aussi difficile de « lutter contre » (Le patient cherche à lutter et c’est cohérent, toutefois un accompagnant qui propose de « lutter contre » n’a pas compris l’essentiel et ne pourra pas aider la personne qu’il accompagne à sortir de cette lutte pour vraiment s’apaiser)

Pourquoi la personne ne peut l’empêcher?
Pourquoi la volonté est insuffisante ?

Parce qu’une crise de compulsion alimentaire se déroule dans un état modifié de conscience.

Concrêtement c’est une impulsion qui part d’une sensation floue et très puissante située dans le corps (généralement dans le ventre) qui prend complètement le dessus sur : la présence, la réflexion, la raison, l’action.. En dehors de l’action qui va permettre la réalisation de la compulsion.

C’est de celà dont souffrent beaucoup les personnes qui expérimentent les crises de compulsions : de cet état second dans lequel elles prennent corps.

Je n’ai pas choisi cette expression au hasard : les crises prennent corps, elles donnent une forme, un poids, un volume à des éléments bien plus fins cachés derrière.

Pas forcément perceptibles consciemment.

Je parle souvent avec mes patientes de cet état. 

Lors du premier échange, je suis toujours surprise par le soulagement que ça leur apporte d’avoir face à elles une personne qui comprenne ce mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, de l’impalpable vers le palpable.

 

La première étape de mes accompagnements, quelque soit le type de trouble alimentaire, est toujours de vivre son point de départ.

Toujours.

Car ce n’est pas en une ou deux séances de sophrologie que les crises cessent (et j’accompagne des consœurs sur cette problématique donc déjà « avancées » en terme de présence à soi, on ne part pas du tout de zéro!)

En revanche, j’avoue être toujours impressionnée par le soulagement qu’apporte cette étape. Elle représente la fin de la peur des crises. Elle représente un soulagement de la peur de soi-même. 

Très souvent, elle représente une baisse du nombre de compulsions, ou une baisse de la durée.

Car dans cette étape plusieurs éléments qui sont souvent abordés d’un point de vue séquentiel se côtoient.

Je ne suis pas séquentielle, vraiment vraiment pas du tout.

J’ai une pensée arborescente : plein de choses en même temps.

Plein de choses qui « a priori » (en particulier pour ceux qui ne fonctionnent pas comme moi) n’ont rien à voir, voir sont à l’opposée l’une de l’autre.

Nos accompagnements se font en séquence, on est d’accord : une séance à la fois lol

Mais le contenu peut permettre de vivre des expériences qui proposent l’expérimentation de cette arborescence.

Ainsi, dans cette première étape, des patientes me partagent qu’elles vivent toujours des crises de compulsions mais qu’elles sentent leur corps en même temps.

Elles vivent des crises de compulsions en sentant le moment où l’estomac est saturé. Elles sentent qu’elles continuent, elles sentent qu’elles ne sont pas là et en même temps suffisamment pour observer le processus.

Tu vois ce que je veux dire ?

Tout existe et se côtoie. 

Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui un patient vit avec des crises de compulsions alimentaires qu’il ne peut pas percevoir la satiété. Les deux peuvent se rencontrer.

Tout comme il découvre qu’il peut ressentir la faim sans que ça dégénère en crise…car il est plus présent. Et que si ça part en crise « ce n’est pas grave » car il est sur un chemin pour s’en libérer.

Il y a quelques semaines j’ai réalisé un bilan (j’en fait en cours d’accompagnement) avec une de mes patiente. Après quelques séances seulement, elle était surprise d’avoir senti pleinement la satiété et de s’être arrêtée de manger alors qu’elle était dans un contexte favorable aux crises jusque là : le plaisir de partager un repas avec des proches.

Cette bienveillance, envers soi passe par la fin de la peur.

 

Quelles sont les étapes qui suivent cette première étape ?

Et bien il y en a 5 autres et je serais très heureuse de te les partager dans la prochaine conférence en ligne qui se tiendra le Dimanche 19 mai à 20h00. 

Comme toujours elle est offerte et je répondrai à tes questions en direct 🙂

Crise compulsive : l’envers du décor