Entre la responsabilisation qui est de prendre ses décisions et d’en porter les conséquences agréables, désagréables, attendues ou non. Et la culpabilisation, qui est de faire porter une faute à l’autre, il n’y a parfois qu’une frontière ténue dans les accompagnements. Est-ce du au cadre ?

Ce qui fait passer de l’un à l’autre?

L’accompagnant comme l’accompagné !

Vous le savez, toute relation est en miroir. La relation thérapeutique aussi.

L’accompagnant qui a des exigences, des attentes vis à vis de ce que son client devrait, selon lui, faire / ressentir / obtenir va mettre une pression de « réussite » qui peut déresponsabiliser son client et le déposséder de son chemin.

C’est lui enlever le temps dont il a besoin, la place de s’exprimer, de découvrir ce qui se ralentit en lui ou s’agite.

C’est lui demander d’entrer dans une performance en dehors de laquelle, il semble n’y avoir point de salut.

Parfois, ça va plus loin avec la culpabilisation : « si vous ne faite pas x ou y, forcément ça ne marche pas! Il faut de la discipline/volonté/envie pour que la méthode fonctionne! ».

Ca, c’est se décharger sur le client pour s’éviter d’avoir face à soi une personne qui ne se voit pas obtenir la « promesse » faite en début d’accompagnement. La majorité du temps, cette promesse passe par un objectif et/ou un délai d’accompagnement « garanti ».

Il est plus facile, pour certains accompagnants, de dire à leur clients que ce n’est pas la méthode qui ne marche pas, c’est eux qui ne font pas bien. Que ce soit dit de façon brute et brutale ou que ce soit sous-entendu.
Et d’insister encore et encore sur ce qu’ils croient être juste et « bon ».

Ce biais, on le trouve quelle que soit la méthode car en vérité, c’est l’accompagnant qui a besoin de se soulager de la pression qu’il se met tout seul.

En cela, la supervision est importante.

En face, et bien en fonction de la personne et de ses expériences vécues, il peut y avoir remise à plat ou culpabilité.

Remise à plat, c’est par exemple un client qui « recadre » l’accompagnant (ça arrive et c’est très bien) : « je suis responsable de ce que je fais entre les sessions, je fais de mon mieux, si ça ne vous convient pas je vais voir quelqu’un d’autre pour m’aider à avancer à mon rythme ».

Culpabilité, ça parle tout seul : « je suis désolé.e / je sais que je devrais faire mieux / c’est de ma faute si ça ne marche pas »…

Si la première peut être salvatrice pour l’accompagnant comme l’accompagné, la seconde est dommageable aux deux.

Et puis il y a aussi l’inverse 😉

L’inverse ? Oui l’inverse c’est quand le client culpabilise l’accompagnant.

On trouve cette posture chez certains clients qui sur-investissent la place de l’accompagnant.

Ils attendent de lui, non pas qu’il les soutiennent ou marche à coté d’eux en découvrant tout autant qu’eux ce qu’il y a sur le chemin. Mais plutôt qu’il les sauve, qu’il les porte, qu’il sache ce dont ils ont besoin et comment faire. Sinon ce n’est pas un pro n’est-ce pas?

Dans cette attente, « l’absence » ou le « retard » de résultat perturbe les deux parties.

Le client sent l’angoisse monter de ne pas trouver un sauveur.

L’accompagnant sent l’angoisse de son client et se met la pression pour trouver une réponse qu’il ne peut pas trouver de lui-même.

C’est un peu un cercle infernal quand même !

Si je vous présente les choses de façon très différenciée, dans la réalité ces différentes expériences peuvent se rencontrer de façon nette. C’est à dire dés le début de l’accompagnement.

Ou glisser de façon plus insidieuse, alors que c’était plutôt « bien parti ».

D’où l’importance du cadre.

Le cadre se pose de différentes façons :

  • votre posture
  • vos échanges
  • vos connaissances
  • vos limites
  • votre regard

Votre posture dans le sens de votre façon de présenter ce que vous faites mais aussi dans ce que vous dégagez. Il n’est pas simple parfois d’être chaleureux sans être trop « proche ». Car c’est bien la proximité un peu trop étendue qui est un terreau favorable à la glissade.

Vos échanges : votre façon de partager avec vos clients. Il est souvent soulageant pour eux de savoir que vous êtes un humain qui galère aussi par moments ou qui a galéré d’une façon proche de la leur par le passé. Mais partager ce qui est uniquement soutenant pour le cheminement de l’autre est, pour certains, compliqué à trouver.
Je me rappelle ainsi d’une consoeur qui souhaitait se mettre à un tel niveau de proximité avec ses clients qu’elle voulait leur dire ce qu’elle avait vécu durant la séance… très mauvaise idée. La relation thérapeutique est sympathique pas amicale.

Vos connaissances. C’est à dire ce que vous connaissez de la problématique de votre client. Les informations soulageantes que vous pourrez lui donner, les éclairages, un autre regard que vous pouvez lui proposer par l’expérience… Tout ce qui touche à votre spécialisation dans le domaine qui le motive à vous consulter.
Ces connaissances vous posent, non pas comme sachant, mais comme personne en état de comprendre. Dés lors que votre posture soit dans le non-savoir (j’ai publié un post à ce sujet).

La connaissance de vos limites est un élément important du cadre. Ne pas aller empiéter dans des domaines qui ne sont pas les vôtres sans formation, sans les connaissances qui sécurisent la démarche.
Il y a encore trop souvent des partages d’expériences d’accompagnements sophrologiques qui se sont révélés être tout autre chose, clairement fait n’importe comment (tout particulièrement sur les traumas !)
Connaitre ses limites et les poser c’est être professionnel. C’est aussi le meilleur moyen de rencontrer des pros spécialisés dans des domaines différents qui complèteront parfaitement ce que vous proposez (et comme le chantent magnifiquement « les Inconnus » : et vice et versa)

Enfin, votre regard.

Celui que vous posez sur la personne que vous accueillez. Un regard qui reconnait la difficulté, reconnait la personne, valide ses propos comme étant justes pour elle. Mais aussi nouveau à chaque rencontre car des choses bougent, aussi petites semblent-elles être (s’il faut les évaluer, ce qui n’est pas du tout obligatoire d’ailleurs). Enfin, un regard bienveillant, curieux de l’humain qu’il rencontre à chaque fois et de ce qui va se laisser vivre durant la séance. Un regard de rencontre, qui pose le cadre mais en l’appliquant, tout simplement.

Le cadre ne se pose pas juste lors de l’anamnèse

Il se pose, se repose et se vit à chaque séance, pour éviter qu’il ne se dépose et que les changements relationnels ne viennent vriller l’accompagnement.

Il est donc nécessaire pour le Sophrologue, comme pour le Sophrothérapeute (et objectivement tous les accompagnants) d’être très au clair avec lui-même à chaque instant de l’accompagnement.

Voir également ce qui se joue en lui dans tel ou tel contexte (se demander « comment je me sens face à un client qui pleure ? »; « comment je me sens quand un client me partage tel type d’expérience / tel problème? ») pour être accompagné si le besoin est là.

Nous sommes tous concernés par cette posture menant à la responsabilité. Pour la proposer à nos clients, même s’ils ne la cherchent pas au début. Elle se découvre dans l’expérience de l’accompagnement et l’expérience du cadre.

Nous sommes tous concernés également par ce jeu psychologique de la culpabilité qui trouvera écho chez l’accompagnant comme l’accompagné pour peu qu’il y ait un flou sur son vécu et sa place dans sa structure intérieur.

Il s’agit donc finalement de trouver ce juste mouvement d’équilibre entre soi et l’autre. Entre la posture professionnel et ce qui résonne en soi dans l’accompagnement.

Et entre la posture inconsciente en tant que client. Les attentes parfois floues. Les exigences et ce qui, lorsqu’en présence de tel ou tel accompagnant, se met en mouvement en soi.

Dans cet équilibre en mouvement, il est possible pour le client de toucher à ce qui est profondément posé.Ancré en lui.

Pour le déposer, une fois cette responsabilité individuelle perçue à travers les sensations du corps et le regard porté sur la vie.

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